Interview d’auteur : Valérie Perrin

Collage sans titre

Suite à mon coup de coeur pour le dernier roman de Valérie Perrin, Changer l’eau des fleurs, j’ai eu le plaisir de pouvoir lui poser quelques questions et je la remercie vivement du temps qu’elle m’a accordé.

Vous pouvez retrouver ma chronique ici.

Votre précédent roman Les oubliés du dimanche a reçu un excellent accueil de la part des lecteurs et a été récompensé par de nombreux prix. Comment avez-vous vécu ce formidable retour?

C’est extraordinaire, parce que d’abord c’est un premier roman, et un premier roman, il faut savoir que vous l’écrivez tout seul dans votre coin. Vous ne savez jamais si quelqu’un va vous lire car il faut déjà aller au bout.

Ensuite, c’est une histoire que j’ai portée pendant très longtemps, entre dix et quinze ans. J’avais l’obsession de raconter l’histoire de l’oiseau. Je suis parti de ça. Je voulais absolument raconter que chaque être humain était peut-être rattaché à un oiseau et que peut-être, lorsqu’on vivait une même histoire d’amour ou au sein d’une même famille avec des gens qui s’aimaient très fort, on pouvait se partager le même oiseau.

Je l’ai écrit toute seule dans mon coin, entre deux scénarios. J’ai vraiment consacré un an à l’écriture de ce roman et je suis allée au bout. Je l’ai fait lire à quatre ou cinq personnes autour de moi et, quand ils l’ont lu, ils m’ont dit « c’est formidable tu ne changes rien, tu l’envoies comme ça à un éditeur ». Je l’ai envoyé directement chez Albin Michel sur les conseils d’une amie. Ils m’ont recontactée quinze jours-trois semaines après car cela avait été un coup de cœur unanime du comité de lecture.

C’est déjà une première étape exceptionnelle quand vous entrez dans une grande maison d’édition comme Albin, et, en plus, ça a très très bien fonctionné. Il y a eu cette première sortie ainsi que douze prix littéraires. Beaucoup de journalistes m’ont supportée, beaucoup de lecteurs et de blogueurs également. Il est sorti en octobre dernier chez Le Livre de Poche et alors là, il a explosé. Cela a donné un élan extraordinaire à Changer l’eau des fleurs qui est sorti il y a quinze jours. Tout ça est une aventure assez magique pour quelqu’un de débutant comme moi.

Vous avez plusieurs cordes à votre arc : vous êtes photographe, scénariste… Comment en êtes-vous venue à l’écriture de romans? Scénario ou roman, une préférence?

C’est parce-que j’ai rencontré Claude Lelouch que je suis devenue photographe de plateau, sur des rencontres. Quand il a commencé à lire ce que j’écrivais, il m’a dit que j’avais beaucoup de talent. Il m’a fait confiance et on a co-écrit plusieurs scénarios ensemble.

J’avais vraiment envie d’écrire des romans. C’est vraiment ce pour quoi j’avais envie de vivre et c’est comme ça que j’en suis venue à l’écriture de romans. Mais avant, j’ai eu une vie, des enfants, j’ai travaillé. Gagner sa vie en écrivant c’est très dur et il fallait « faire bouillir la marmite ». J’ai eu plein de vies avant cette vie-là. Je pense que j’ai toujours su que j’écrirais un jour, j’ai toujours écrit, et des romans j’en ai toujours eu envie.

Je n’ai pas de préférence. J’aime bien aller de l’un à l’autre mais j’aime bien écrire des romans parce-que je suis toute seule chez moi. Je peux faire ce que je veux, mais j’aime bien aussi les scénarios, c’est également sympathique de faire des échanges.

Violette Toussaint est un personnage extraordinaire, résiliente et très attachante. Malgré ses blessures, elle garde la tête haute, nous touche par sa bienveillance et donne envie au lecteur de franchir la porte de sa maison de gardienne pour la rencontrer. Comment est née cette héroïne?
Elle est née après l’écriture de Les Oubliés du dimanche. En Normandie, à côté de là où je vis, il y a un petit cimetière très joli à Auberville, là où sont enterrés les parents de Claude. Un après-midi, on a marché jusqu’à ce cimetière.
Cela faisait longtemps que je traînais cette obsession des cimetières. Je me disais qu’il y avait quelque chose à faire autour de ce cimetière et quand je suis rentrée, j’ai repensé à l’héroïne de L’élégance du hérisson.
Je me suis dit que ce serait formidable de parler de l’histoire d’une gardienne de cimetière qui serait un peu comme cette concierge. Et puis, très vite je me suis dis qu’elle ne pouvait pas être revêche comme l’était Renée. Il fallait qu’on soit en empathie, que ce soit une femme douce chez qui on a envie d’entrer.
J’ai tapé sur Google « garde cimetière », il y avait des annonces « Garde cimetière un métier d’avenir » et j’ai trouvé ça extraordinaire. C’est comme ça que c’est parti, sur l’idée de cette femme.

Après, je me suis posée beaucoup de questions.  Je me suis dit qu’elle n’était pas là par hasard et il fallait qu’il y ait un déclencheur. Cet élément déclencheur, c’est un homme qui vient sonner à sa porte un matin et qui se pose beaucoup de questions. Il veut pourquoi sa maman veut reposer auprès d’un homme qui est enterré dans le cimetière de Violette. Et à partir de là, commence cette histoire.

Ce roman nous présente également un magnifique puzzle de récits de vie qui s’imbriquent les uns dans les autres avec une galerie de personnages secondaires profonds et touchants. Je pense notamment à Gabriel et Irène ou encore Philippe. Certains de vos personnages s’inspirent-ils de votre entourage ou relèvent-ils uniquement de la fiction?
Philipppe Toussaint est un mélange que j’ai imaginé. C’est un des personnages qui m’intéresse le plus car il cache beaucoup de choses derrière ses apparences.
Irène Fayolle, c’est un mélange dans l’imaginaire d’une Meryl Streep avec une Sandrine Kiberlain, ce genre de femme.

Pour Gabriel Prudent, je me suis complètement inspirée d’Eric Dupond-Moretti pour imaginer comment pourrait se comporter Gabriel, l’amoureux d’Irène. Ce grand avocat qu’elle rencontre à Aix, c’est là où j’ai vu plaider Eric la première fois. Je me suis complètement inspirée de cet homme-là.

L’histoire de Violette se déroule dans un cadre insolite, celui d’un cimetière de province, que vous décrivez avec beaucoup de justesse. Comment vous êtes-vous documentée sur cet univers singulier ? Avez-vous rencontré des personnes travaillant dans ce milieu?
Je me suis inspirée d’un fossoyeur qui a exercé son métier pendant trente ans dans la petite ville de Bourgogne où j’ai grandi. Maintenant à la retraite, il m’a racontée plein de choses. C’est un être solaire et drôle. La première phrase qu’il m’a quand même dite, c’est «Je n’ai jamais autant rigolé que quand j’ai été fossoyeur au cimetière de Gueugnon».
Il m’a raconté des choses extraordinaires. Toutes les anecdotes un peu drôles. Parce-que ce roman n’est pas seulement triste et qu’il y a des moments très amusants. Il m’a raconté des choses insensées que j’ai retranscrites mots pour mots dans le roman.

J’ai travaillé aussi avec quelqu’un qui a un magasin de pompes funèbres à Trouville-sur-Mer. Il m’a expliqué plein de choses plus techniques. C’est lui qui organise les enterrements et il m’a parlé des cérémonies, des chansons, du choix du cercueil…

Quels sont vos projets littéraires à venir? 
Là, je suis sur la sortie du roman et cela me demande énormément de temps. Il faut organiser beaucoup de choses autour de tout ça. Je devrais commencer à écrire le troisième à partir de juin-juillet, cet été.

Je pense qu’il y a un des personnages qui s’occupera d’un refuge pour animaux, toujours en Bourgogne. Ce sera sûrement une femme. Ce sera certainement le destin de trois gosses qui ont grandi ensemble et qui ont aujourd’hui quarante ou cinquante ans. Je n’ai pas encore décidé ce qui les lie et ce qui va les séparer et ce qu’ils sont devenus… Une histoire d’amour imbriquée sur trois êtres qui se sont aimés, détestés et qui ont grandi avec trois destins totalement différents.

Quelle place occupe la lecture dans votre quotidien?

En ce moment, je suis vraiment malheureuse car je suis obligée de préparer ma lecture prévue la semaine prochaine. J’ai beaucoup de travail et je ne peux pas lire. Cela me manque beaucoup. J’ai une pile à lire à coté de mon lit, il doit y avoir deux cents bouquins. J’adore ça, c’est très important pour moi la lecture.

Quel est votre dernier coup de cœur littéraire?

Mon dernier gros coup de cœur est le roman de Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges.

Changer l’eau des fleurs et Les oubliés du dimanche sont tous les deux disponibles en librairie aux éditions Albin Michel.
Les oubliés du dimanche est également disponible en version poche (Le Livre de Poche).

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