Dans le faisceau des vivants – Valérie Zenatti

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Titre : Dans le faisceau des vivants

Auteure : Valérie Zenatti

Date de parution : janvier 2019

Editions : L’Olivier

 

 

C’est dans un taxi la conduisant à l’aéroport que Valérie Zenatti apprend le décès d’Aharon Appelfeld en janvier 2018.  La nouvelle de sa mort est un véritable coup de massue pour la romancière qui est également la traductrice du célèbre auteur israélien depuis 2004.

Mais leur relation ne se résume pas uniquement à cela. Car un lien très fort s’est tissé entre eux. Le partage d’un même regard sur la vie, sur l’écriture et une langue d’adoption identique, l’hébreu. La perte de cet ami si cher est difficile à surmonter pour Valérie. Comment apprendre désormais à vivre sans lui?

« Quand on rencontre quelqu’un, c’est signe que l’on devait croiser son chemin, c’est signe que l’on va recevoir de lui quelque chose qui nous manquait. Il ne faut pas ignorer ces rencontres. Dans chacune d’elles est contenu la promesse d’une découverte ». Aharon Appelfeld

Pour apaiser le manque, la romancière relit les mots d’Aharon, visionne ses passages à la télévision où il aborde son travail d’écriture. Les personnages des romans qu’elle a traduit la hantent et des bribes de leurs échanges lui reviennent en mémoire.

C’est finalement en Ukraine, dans la ville natale d’Aharon Appelfeld, que Valérie Zenatti parviendra à soulager sa douleur, en marchant dans les pas de l’écrivain.

À travers ce récit touchant, l’auteure évoque l’admiration, la complicité et l’amitié profonde qu’elle éprouvait pour cet homme qui a connu le pire durant son enfance. En effet, à l’âge de huit ans, la mère d’Aharon est assassinée sous ses yeux et il est déporté avec son père. Après l’enfer des camps, le jeune garçon s’évade seul dans la forêt où il tentera de survivre alors qu’il a tout perdu. Puis, en 1946, l’adolescent arrive en Palestine, une terre d’accueil synonyme de nouveau départ.

«Je suis arrivé en Israël en 1946, j’avais treize ans et demi et je n’avais pas de parents, je travaillais dans un kibboutz, l’après-midi, et le soir j’étudiais l’hébreu. Il ne restait plus rien de ma langue maternelle et j’ai fait de l’hébreu ma langue maternelle adoptive. C’est une langue concrète, les phrases sont courtes, vont droit au but, sont dénuées de fioritures linguistiques. Il n’y a pas de sophistication, peu d’adjectifs, j’ai compris très vite que c’était une langue qui correspondait exactement à ce que j’avais vécu. On ne peut écrire sur des grandes catastrophes avec des mots trop grands.» Aharon Appelfeld

Avec Le faisceau des vivants, Valérie Zenatti rend un vibrant hommage à Aharon Appelfeld en évoquant le lien singulier qui les unissait, nous permettant ainsi de mieux entrevoir qui était cet homme, rescapé de la Shoah. Une lecture passionnante dans laquelle l’émotion est palpable et dont on ressort avec l’envie irrépressible de se plonger dans les œuvres de cet écrivain exceptionnel. 

«Lorsqu’un homme dit, J’ai froid, j’ai chaud, j’ai faim, c’est accessible à notre compréhension. Mais lorsqu’un homme dit à Auschwitz j’ai froid, j’ai chaud, c’est déjà dénué de sens. Les mots dans ces lieux […] n’ont pas de sens – c’est trivial, petit, dénué de sens. On a besoin d’une nouvelle langue pour exprimer le froid à Auschwitz, la chaleur à Auschwitz, et comme nous n’avons pas de nouvelle langue, nous utilisons les anciens mots, et les anciens mots, quand ils entrent à Auschwitz, n’ont plus de sens. C’est une autre température, et dans une autre température, vous avez besoin d’autres mots, il existe des températures dans lesquelles les mots se consument tout simplement.» Aharon Appelfeld

note 4

Ce livre fait partie de la sélection du Prix essai France Télévisions 2019.

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7 réflexions sur “Dans le faisceau des vivants – Valérie Zenatti

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